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Vous trouverez dans cette rubrique les articles que je publie dans d’autres sites ou blogs, régulièrement ou exceptionnellement, concernant bien sûr le développement durable.
Vie et Envies, bulletin de l'Académie d'éthique
A signaler le bulletin n° 5 (janvier 2013) avec un article de votre serviteur sur le thème "Ethique et Précaution", et un article de Frenando Cuevas intitulé "Je ne veux pas être toléré", qui vient à l'appui du billet Tolérance et dont je vous conseille la lecture.

Dédé reprend du service dans le Courrier de l'architecte, dans une nouvelle série : Dédé explorateur.
Dédé l'explorateur - Dédé explore le temps (2012-12-12) Dédé l'explorateur : Dédé explore les bienfaits de la mutualisation (2012-11-14) Dédé l'explorateur : Dédé explore la contre-économie (2012-10-17)
- Est-ce que vous pourriez nous définir votre vision du développement durable? Appliquée aux milieux de vie et de population? Le développement durable est une approche opérationnelle du monde de demain. Pour parodier une phrase célèbre d’André Malraux, le monde de demain sera durable, ou il ne sera pas. L’humanité arrive au 21e siècle à une charnière de son histoire. Elle va passer par son maximum en nombre, de l’ordre de 9 milliards, elle a exploité les ressources fossiles les plus faciles d’accès, elle a acquis la puissance qui lui permet de bouleverser les grands équilibres, elle a créé de formidables inégalités source d’instabilité chronique. Elle doit donc redéfinir son destin. Beaucoup voient dans le changement une dégradation des conditions de vie et des contraintes nouvelles, il faut au contraire y voir une opportunité de repartir sur des bases assainies. Les générations du 21e siècle ont la responsabilité...
11 juillet 2011 9 h 38 min / 0 commentaires / Lire la suite

Après la chronique "Le pilote et l'avion" entamée dans CyberArchi (cf. plus loin) et reprise dans le Courrier de l'architecte, http://www.lecourrierdelarchitecte.com/, voici les aventures de super Dédé. 3 épisiodes sont en ligne :
Chronique | Les aventures de Super Dédé : Dédé fait du neuf avec du vieux (2011-06-08) S
Avec tout ce qui se passe au Japon, Dédé serait bien tenté de sortir illico du nucléaire. D’ailleurs, cette technique a toujours été considérée comme une transition, en en attendant... [Lire la suite]
Dédé a toujours rêvé d’un jardin. Pas d’un jardin ostentatoire, avec un gazon anglais toujours bien vert, des cerisiers du Japon et autres plantes exotiques, mais d’un jardin tout simple, de curé... [Lire la suite]
Bienvenue dans le monde de Super Dédé ! N’écoutez pas ceux qui dépeignent le développement durable sous des aspects de rigueur et de restriction. Le développement durable, c’est extra ! Qui... [Lire la suite]

C'est par touches successives que le tableau du développement durable est composé sur ce site. Des touches construites à partir d'un mot, mot simple inspiré de l'actualité ou de la vie de tous les jours. Ni une encyclopédie ni un traité de morale, ce blog est une invitation à donner un sens au développement durable, au jour le jour, dans les actes, et avec une conviction bien accrochée : que nous avons tous à y gagner ! Chaque lundi.
http://moniblogs.lemoniteur-expert.com/developpement_durable/
Les notes récentes

http://energie.lexpansion.com/
Les "placements verts": réalité ou greenwashing? lundi 29 novembre 2010
Les fonds d'investissements sont de plus en plus souvent soumis à des évaluations "vertes" : leurs actifs correspondent-ils à des entreprises très "carbonées"?
Quantifions le coût économique des désastres écologiques lundi 21 juin 2010 10:02
L'exploitation des sables bitumineux est loin d'être aussi rentable que celle des puits de pétrole texans. Pourtant, les exploitants s'y retrouvent financièrement : c'est que le coût de l'énergie a rendu celle-ci rentable...car ceux des désastres écologiques ne rentrent pas dans l'équation.
Le pétrole finit par nous coûter très cher. A la pompe, ce n'est pas nouveau, mais pour l'ensemble de la collectivité, à la planète, la facture est de plus en plus lourde : On parle beaucoup de l'effet de serre, qui occupe tous les esprits, mais l'extraction et le transport du pétrole vont finir par peser aussi lourd, même si la facture n'est pas payée dans la même monnaie.
C'est la richesse biologique, la productivité primaire, qui est atteinte en premier, avec des effets irréversibles, mais il y a aussi du souci à se faire sur l'effet de serre : l'océan est le plus grand absorbeur de CO2, et la pollution affecte aussi le plancton, les échanges entre la mer et l'air.
Le "cycle de vie" du pétrole n'est pas un long fleuve tranquille. La ressource est effectivement abondante. Seules les formes les plus faciles à extraire ont été exploitées. A 15 $ le baril, on ne peut qu'écrémer le potentiel, on ramasse ce qui est à portée de derrick, et on laisse tomber le reste. A 80 ou 100 $, tout est différent. Le niveau du cours conditionne le volume disponible, ce qui accentue les incertitudes sur les réserves et le « peak oil».
On a pu se réjouir du prix élevé du pétrole, en espérant qu'il permettrait aux énergies renouvelables de trouver leur place, mais il encourage aussi la recherche du pétrole dans des contextes difficiles : plus loin dans la mer et plus profond dans les couches géologiques, et même les deux à la fois. Des territoires sensibles, extrêmes, sont aujourd'hui menacés, dans le grand Nord comme dans le grand Sud.
L'accident retient l'attention, et c'est bien normal, mais il ne faut pas oublier les autres méfaits de l'extraction forcenée du pétrole. Il existe d'autres formes d'exploitation destructrices d'environnement et de vie sociale. Avec des réserves considérables, ce qui est bien inquiétant. Il s'agit des sables bitumineux. On en trouve dans plusieurs régions du monde, Russie, Jordanie, Venezuela, République du Congo, Madagascar, et le gisement le plus important est au Canada, précisément dans la province d'Alberta. Le pétrole y est mélangé aux sols en faible concentration, dans d'immenses territoires couverts de forêts et de lacs. Une perspective de 170 milliards de barils de pétrole, de quoi retarder le "pic" de quelques années et aiguiser les appétits des sociétés pétrolières.
L'exploitation se fait à ciel ouvert, après destruction de la forêt, ou par injection de vapeur d'eau en haute pression, pour récupérer l'or noir à la sortie. Ce dernier mode exige d'immenses quantités d'eau et d'énergie, et les eaux ainsi chargées restent polluées. Quelle que soit la méthode, il n'est pas question ici de risque de pollution, mais de certitude, pour lesquelles les compagnies pétrolières investissent chaque année des dizaines de milliards de dollars. La forêt boréale du Canada et la forêt primaire de Madagascar auront du mal à résister à cette formidable pression.
Le bilan énergétique de cette exploitation est médiocre, bien moins bon que celui du pétrole extrait au Texas par exemple, mais meilleur que les biocarburants de première génération. Le rapport énergie extraite sur énergie investie est de l'ordre de 1,5 à 3 selon le type de produit recherché (carburant ou bitume) alors qu'il est de 15 pour les extractions off shore et de 100 pour les grands gisements au sol (merci Wikipédia). La limite physique, où l'énergie injectée serait égale ou supérieure à l'énergie extraite n'arrêtera pas l'exploitation des sables bitumineux. C'est juste une affaire d'argent. Le coût de l'énergie a rendu celle-ci rentable, et elle le restera tant que les dégradations portées à l'environnement, la destruction des ressources, la pollution de l'eau, et le coût climatique n'entreront pas, eux aussi, dans l'équation économique.

Chronique n°5 : Le nécessaire retour de l’intelligence. A plusieurs... René Dubos craignait que "la plus grande faiblesse de la vie moderne c’est d’amener une atrophie de nos facultés". Cinquième volet de 'Le pilote et l’avion, chronique du développement durable', (publié le 05/05/2010)
Il est vrai que la puissance des moyens d’intervention de l’humanité s’est tellement accrue en quelques décennies que l’on a pu penser que l’intelligence n’était plus nécessaire. Les temps sont à la Force, c’est tellement plus simple et on ne perd pas de temps. L’intelligence était devenue un luxe, une affaire d’intellectuels. Amusant, n’est-ce pas ? Un jeu de l’esprit, mais pas vraiment utile, ni même sérieux.
Prenez l’agriculture. La modernisation a entraîné des bouleversements dans les modes de production. Des matériels puissants pour retourner les sols, des apports d’eau contrôlés par une irrigation banalisée, des produits pour nourrir les végétaux, d’autres pour détruire les parasites, une météo en continu et les alertes quand il le faut. Avec en outre, grâce à l’informatique, des conseils en direct sur ce qu’il faut faire : quels choix de culture, quels traitements, quels prix, etc. Un pilotage quasiment automatique. L’agriculture traditionnelle était bien plus exigeante, le paysan devait sentir le climat, connaître les sols, répartir les risques, choisir les bonnes variétés, résistantes et productives à la fois. Un métier compliqué, demandant un apprentissage rigoureux, réalisé le plus souvent sous la houlette des parents et des anciens.
L’agriculture biologique reprend cette tradition. Il y a des repères et des recettes mais l’intelligence du producteur reste son meilleur atout. La transition de l’agriculture 'moderne' vers le 'bio' est d’autant plus compliquée qu’il faut introduire du savoir faire, de l’écoute et de l’observation de la nature, de la mémoire. La simple transposition d’une agriculture vers une autre se traduit par une baisse significative des rendements. Pour les maintenir, il faut injecter de la matière grise, savoir jouer de tous les paramètres et adapter le choix des cultures aux conditions physiques de l’exploitation et non l’inverse. Il faut aussi une société attentive, désireuse de se nourrir avec des produits de proximité et de saison. On ne peut rester intelligent tout seul.
On pourrait en dire autant de la pêche, avec des bateaux surpuissants et des radars qui ne laissent guère de chance au poisson. Le retour vers une pêche plus sensible, avec des bateaux hybrides, utilisant le vent pour économiser le pétrole, est amorcé. La grosse cavalerie, qui donnait de bons résultats sans se casser la tête, est condamnée à terme : il va falloir jouer serré avec le poisson.
On pourrait prendre d’autres exemples, comme la capacité de calcul qui permet d’explorer une infinité d’hypothèses sans avoir à y penser ou l’efficacité des transports de marchandises qui permet de ne pas constituer de stocks et de vivre au jour le jour. Commodes et rapides, ces solutions techniques ont ouvert le champ du possible mais aussi restreint notre capacité à raisonner et à anticiper. Un appauvrissement de la pensée.
La ville n’échappe pas à cette tendance. Pourquoi la faire vivre et évoluer de l’intérieur, il est si facile de coloniser de nouvelles terres. Ajouter une pointe de conservatisme et les résistances au changement et vous obtenez un étalement bien connu, avec des centres et des quartiers laissés à l’abandon ou bien récupérés par des bobos. Le renouvellement urbain exige de l’intelligence, de l’écoute des habitants et du génie des lieux. L’extension est plus mécanique, elle applique des techniques, forcément performantes pour chacun des ingrédients, habitat, espaces publics, équipements, mais sans garantie que la mayonnaise ne prenne. Les problèmes bien connus des quartiers sensibles traduisent la difficulté à composer une ville, même si tous les ingrédients sont réunis.
La puissance d’intervention héritée des 30 glorieuses, l’énergie pas chère, la mécanisation, les terres à coloniser aux portes des villes, a permis une croissance urbaine et économique exceptionnelle. Des modalités d’action, des manières de travailler, des comportements et des habitudes ont été vite prises, dans le confort de cette dynamique. Aujourd’hui, l’illusion de l’abondance s’est estompée, il faut revenir sur terre. La machine fonctionnait toute seule ou presque, il va falloir en reprendre le contrôle. Piloter la croissance, notamment la croissance urbaine. Le renouvellement de la ville sur elle-même est un 'must' mais il a des limites. De nouvelles extensions sont nécessaires pour accueillir les centaines de milliers de logements neufs à édifier chaque année. Des grandes autour des grandes villes et des plus petites autour des petites villes.
Pour y parvenir et dans des délais très courts, il faudra beaucoup d’intelligence. Celle-ci peut être aidée par des procédures, des guides, des démarches, comme HQE-Aménagement qui vient de paraître au terme de trois ans d’expérimentation. Le défi est de reconstituer de véritables lieux de pilotage, où tous les acteurs se retrouvent, se parlent, se comprennent et tentent ensemble de trouver le bon chemin. L’intelligence ne peut n’être que partagée.

Chronique n°4 : Le gouvernail est dans le moteur Tous ceux qui ont navigué le savent, il est impossible de piloter un navire qui ne serait pas poussé par une énergie, quelle qu’elle soit. Quand il n’y a pas d’influx, la barre tourne à vide. C’est le bateau ivre. Sur cette évocation, quittons la grande bleue pour la vie économique et sociale. 'Le pilote et l’avion', chronique du développement durable.(publié le 08/04/2010)
Nous avons de vieux moteurs, hérités d’une autre époque et nous essayons de les faire durer. Mais leur puissance est bien émoussée, si bien que l’on peut penser que nous avons perdu la boussole. Nous espérons juste que ces moteurs, tout épuisés soient-ils, nous garderons la tête hors de l’eau. Trois exemples pour illustrer ce constat.
Environ 6,5 millions de ménages, sur les 26 que compte notre pays, bénéficient d’une aide personnalisée au logement. Et malgré cet effort de redistribution, le mal logement s’étend. La Fondation Abbé Pierre dénonce cette situation*, en insistant notamment sur l’effort nécessaire pour une personne isolée percevant le SMIC. Dans le parc privé, c’est presque la moitié de son salaire qui est consacré au logement et ce "taux d’effort" croît bien plus vite pour les familles modestes que pour les plus aisées. Cette situation n’est hélas pas conjoncturelle, même si la conjoncture l’accentue ; elle s’est installée en France et en Europe occidentale il y a bien longtemps et elle prospère. Le délégué général de la Fondation évoque la "situation d’une voiture qui fonce dans le mur tous phares allumés"**.
Mauvaises perspectives également pour les retraites. Là encore, les déficits se creusent et les perspectives de vieillissement de la population montrent que l’on va tout droit dans une impasse. Il s’agit de sauver la retraite par répartition, fondée sur une solidarité entre ceux qui travaillent et par conséquent cotisent et les inactifs. L’arithmétique des classes d’âge n’est pas favorable et les simples ajustements, sur l’âge légal de départ à la retraite par exemple, ne changeront pas grand-chose.
La santé, encore un sujet d’inquiétude. Là encore, les comptes donnent des sueurs froides aux responsables de la sécurité sociale. Toujours la hausse des besoins d’un côté et de l’autre la réduction du nombre de cotisants. Les fondements de l’assurance maladie sont remis en question avec, en fond de décor, une exigence sociétale sur la santé en forte progression***.
Ces trois exemples d’évolution actuelle et, semble-t-il, "durables" au sens premier du mot, montrent s’il en est besoin que nos organisations sociales et économiques ne répondent plus aux besoins tels qu’ils s’expriment aujourd’hui. On parle de 1945, des accords internationaux et des compromis historiques qui ont été passés en France pour ressouder une unité encore fragile au lendemain d’un conflit douloureux. Traites sur l’avenir, facilement honorées pendant les 30 glorieuses, au prix d’une croissance débridée, souvent destructrice, dans un monde où la France, avec ses colonies, tenait encore une position "dominante".
Ce modèle est en fin de course. Les bases sociales, économiques, politiques de nos sociétés ont profondément évolué et il s’y ajoute, domaine négligé pendant des années, la question des ressources de la planète, des dégâts des rejets dans l’environnement et autres agressions liées à l’artificialisation de nos territoires. Il faut donc trouver un nouveau modèle de développement, capable d’offrir le cadre d’une refondation tous azimuts. Rien que dans le logement, notre premier exemple inspiré des alertes de la fondation Abbé Pierre, il faut à la fois construire et rénover beaucoup, à un rythme sensiblement supérieur à ce que l’on a pu faire ces dernières années, il faut offrir aux ménages les conditions financières d’accès à ces logements, il faut que ces logements offrent un cadre de vie agréable et permettent notamment aux enfants de grandir et d’apprendre dans de bonnes conditions et il faut faire des économies drastiques pour atteindre le "facteur 4", diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, sans oublier les autres contraintes, sur les ressources, les matériaux, les paysages, la biodiversité, les microclimats. Rien que ça. Il nous faut pour y parvenir de la puissance et un bon pilotage.
Le Grenelle de l’environnement donne une piste pour relever un tel défi. On ne trouvera pas de solution sans travailler tous ensemble, dans un esprit de coopération. L’heure n’est plus aux affrontements, aux égoïsmes sectoriels, à la recherche d’une victoire d’un camp sur les autres, des patrons ou des ouvriers, des promoteurs ou des associations, des actifs ou des inactifs. Il s’agit d’apaiser les relations entre tous ces partenaires qui doivent non seulement accepter de s’écouter et de travailler ensemble mais doivent y trouver intérêt et plaisir. C’est tout l’enjeu de la bonne gouvernance, forcément à plusieurs. Le despotisme, qui se croit par nature éclairé, la solution unique imposée par des experts ou encore l’enfermement dans une bipolarité réductrice, constituent des tentations fortes, au nom de l’efficacité. Ce sont des formules bien connues mais dont l’effet premier est d’exclure et non d’ouvrir. La bonne gouvernance est ailleurs, elle exige la confiance et le respect mutuel pour mobiliser les énergies et les organiser.
C’est ce que le développement durable nous enseigne : le moteur et le gouvernail sont indissolublement reliés. La fabrication des nouveaux moteurs de notre société est partie intégrante de son pilotage. La tentative de rénovation des moteurs sans ambition sociétale se heurte à des résistances et conduit inévitablement à des compromis boiteux et à des frustrations.
L’esprit cartésien de division des tâches est ici pris en défaut, car comme le dit Paul Valéry, "la sensibilité est le moteur de l’intelligence".
* Rapport 2010 sur l’état du mal-logement en France ** Voir Le Moniteur.fr du 2 février 2010 *** On pourra se reporter sur ce plan au livre d’Edouard Bidou Les nouveaux paradigmes de la santé, Editions Larcier, 2008

Chronique n°3 : les Limites du pilote automatique Dans la panique, on a recours à un mode mental automatique incapable de trouver une solution originale. Le "mode mental préfrontal" offre une alternative. 'Le pilote et l’avion', chronique du développement durable. (publié le 10/03/2010)
Partons de nos cerveaux. Pour faire vite, on distingue deux parties, selon les observations de l’Institut de médecine environnementale de Paris*. La première pour les questions simples et celles que l’on a déjà connues, pour lesquelles on a des réponses toutes faites. C’est la plus ancienne dans notre cerveau, genre reptilien, très proche de nos réflexes, c’est le siège de nos acquis. Ses réponses sont automatiques, binaires (vrai / faux, etc.). Elle fonctionne selon six registres : Routine (crainte des nouveautés), Refus (rigidité), Dichotomie (simplification, dualité), Certitudes (sensation de réalité), Empirisme (focalisation sur les résultats) et Image sociale (grégarité). Quand on fait appel à cette partie du cerveau, on adopte un "mode mental automatique", le pilote automatique, bien commode quand on veut aller voir ailleurs.
Un autre mode mental est possible, qui a son siège derrière le front. C’est le "mode mental préfrontal", qui est "multitâche, multidimensionnel, c’est un chef d’orchestre et un improvisateur"**. Ses registres sont à l’opposé de ceux du mode automatique : Curiosité sensorielle (ouverture), Acceptation (adaptabilité, fluidité), Nuanciation (perception du détail et de la complexité), Relativité (recul), Réflexion logique (esprit de rationalité), Opinion personnelle (individualisation).
Bref, il est ouvert et il sait tout faire. Une vraie merveille, le siège de notre humanité.
Le problème est que souvent, face à l’inconnu, si la peur se réveille, dans la panique, on a recours au mode automatique, alors qu’il est incapable de trouver une solution originale. Ce qui est rageant est que chacun dispose du mode mental préfrontal. Il est vif et imaginatif, il peut trouver la bonne réponse. Il faut juste le solliciter et accepter ainsi qu’il vous porte vers des territoires inconnus, ce qui est bien difficile quand la peur l’emporte, ou de vieilles certitudes, ou le souci du qu’en dira-t-on.
Le développement durable, la recherche d’autres futurs, passe par une confiance en soi, c'est-à-dire en son "mode mental préfrontal". La 'préfrontal attitude'. C’est parfois difficile. Il faut abandonner des certitudes bien ancrées, remettre en question des modes de penser, laisser tomber ses bonnes vieilles habitudes et parfois même prendre du recul par rapport à ce que l’on appelle du bon sens.
En période de crise, au moment précisément où il faudrait savoir changer, le réflexe du repli est souvent dominant. Transposé au niveau social, d’un groupe et non d’un individu, on voit bien les ravages que cela peut engendrer : la recherche désespérée de réponses toutes faites et l’enfermement dans les solutions du passé, que l’on cherche à pousser à leurs extrémités au lieu d’en changer, ou de chercher à prendre du recul. Deux secteurs d’activités et leurs récentes réactions face à l’adversité permettent de mieux comprendre l’importance du pilote et les méfaits du pilote automatique.
Le spectacle donné par l’agriculture illustre cette dérive. Un secteur qui connait une crise profonde et un avenir incertain avec l’évolution de la politique agricole commune et des échanges internationaux de plus en plus ouverts. L’environnement y tient un rôle important, au point qu’un directeur le l’agriculture à l’OCDE a pu affirmer, il y a plus de 10 ans, que "les politiques environnementales auront un impact peut-être plus fort sur l’agriculture que les politiques agricoles".
Le sens de l’histoire est bien sûr de relever tous les défis à la fois, un revenu décent pour les agriculteurs, une production de denrées pour l’alimentation et de matières premières (pour l’industrie, le bâtiment, l’énergie) et une contribution affirmée à la protection de l’environnement (régime et qualité des eaux, paysage, biodiversité, sols, etc.). Toute autre solution serait une victoire à la Pyrrhus, une amélioration immédiate dont le coût final serait bien lourd. Le report à plus tard de cette phase de 'rupture' et d’innovation est un grand classique, encore un instant Monsieur le bourreau ! Il n’arrange rien et ne fait qu’amplifier les changements qu’il faudra bien engager, par exemple pour lutter à la source contre les marées vertes et créer des exploitations lait-biogaz comme on les trouve en Allemagne, offrant à l’agriculteur un revenu diversifié et luttant efficacement contre une pollution agricole. Productivité et respect de l’environnement ne sont pas ennemis, c’est juste une autre approche, une autre manière de voir les choses. L’hypothèse d’un desserrement des contraintes environnementales, émise au salon de l’agriculture qui vient de fermer ses portes, serait un retour au passé.
Le Grenelle de l’environnement nous orientait autrement. La formule est simple : on s’y met tous ensemble et on relève des défis. Le secteur du bâtiment est en première ligne. La moitié des milliards d’euros qui seront dépensés pour le Grenelle le seront dans ce secteur. Objectif premier : la lutte contre le réchauffement climatique. On aurait pu craindre que cette ambition ne tombe au plus mauvais moment. Vous vous rendez compte : 3,5 millions de mal logés en France, l’urgence n’est pas dans la qualité, l’effet de serre attendra, logeons tous ces gens-là d’abord, nous verrons ensuite pour les performances énergétiques. Voilà un raisonnement qui aurait bien pu être tenu, mais qui ne l’a pas été, fort heureusement. Les acteurs concernés ont choisi une autre voie, celle du développement durable, du progrès multiforme. La quantité et la qualité. Puisqu’il faut changer de système de référence, puisqu’il va falloir adopter des techniques et des organisations différentes, alors faisons en sorte de satisfaire ces deux objectifs à la fois. C’est ça le développement durable, une position ambitieuse, avec une part de risque mais aussi une volonté collective d’un ensemble de professions.
Tout comme le stress, qui témoigne d’un mauvais usage du cerveau, les crises manifestent des inadéquations, des déséquilibres qui demandent des solutions innovantes et non un retour artificiel au passé.
Le développement durable consiste à mobiliser notre intelligence, notre néocortex préfrontal, pour s’affranchir des réponses traditionnelles et en imaginer de nouvelles, qui permettront de relever plusieurs défis à la fois, comme nourrir et faire bien vivre plus de monde d’un côté et préserver le patrimoine productif de l’humanité de l’autre.
Le message a mis du temps à passer, pollué qu’il est souvent d’annonces messianiques, avec culpabilité et châtiment bien mérité. Tous coupables entend-on trop souvent. Ce n’est pas le sens du développement durable. Il réside dans la recherche de solutions innovantes, qui nous feront découvrir de nouveaux horizons. Pas de quoi se flageller mais, au contraire, de quoi se stimuler, stimuler au moins tous ceux qui ont le goût d’entreprendre, de découvrir des voies nouvelles et de piloter son propre futur.
* On pourra se reporter au livre de Jacques Fradin, L’intelligence du stress, Eyrolles, 2008 ** Selon Jacques Fradin

Le vrai débat sur les retraites Dominique Bidou, expert démographe
Le débat revient sur les retraites. Au menu, comme d’habitude, l’âge légal de départ, le nombre d’années de cotisation, le montant des prélèvements en amont, des versements en aval. Au centre du débat, la montée du nombre de retraités face à celui des actifs : c’est le motif d’inquiétude qui doit imposer un changement. C’est arithmétique. Ce n’est pas nouveau, et les simulations sont nombreuses, qui disent toutes que le système va exploser. Quand la machine est à bout de souffle, il ne sert à rien de pousser tel ou tel curseur, il faut une machine neuve. Il faut refonder le régime de retraite, de simples ajustements ne servent à rien. Pour cela, mettons la question à plat.
Le ratio actifs/retraités donne une idée fausse de la question : ainsi posée, elle oppose deux mondes, d’une part ceux qui produisent des richesses, et d’autre part ceux qui en profitent, sans rien apporter. La réalité est tout autre. Du côté des « actifs » tout d’abord, ils comportent les chômeurs, tous ceux qui cherchent un emploi. Il y a donc des actifs, et même beaucoup depuis pas mal d’années, qui ne produisent pas de richesses. De l’autre côté, beaucoup de retraités ont des activités rémunérées, ou productives, comme le potager, et pour les autres, ce serait évidemment leur faire insulte que de dire qu’ils sont improductifs. Et ils ne sont pas les seuls « inactifs » à produire des richesses : n’oublions pas la production familiale, les tâches domestiques, les associations et le bénévolat, la participation à la vie de la cité, par exemple celle des 500 000 élus répartis sur notre territoire.
L’entreprise n’est pas le seul lieu créateur de richesses. Pour ne prendre qu’un exemple, l’éducation des enfants est une source formidable de richesses. Beaucoup d’acteurs y contribuent, certains rémunérés et par suite cotisants, d’autres y consacrant un temps considérable sans recevoir de salaire, y compris les enfants qui, en apprenant, participent à la création d’un capital productif. La création de richesse, la constitution du revenu que nous nous partageons, provient de nombreux acteurs, et la réduire aux seuls actifs officiels ne peut que conduire à des malentendus. Le poids des « non actifs » est très important, et le Bipe (1) l’avait justement souligné dans une note de novembre 2006 intitulée « Les inactifs, continent englouti de l’économie ». Le débat sur les retraites ne peut laisser ce phénomène de côté. Il y a les actifs de droit, mais aussi beaucoup d’actifs de fait.
Le travail n’est pas le seul facteur de production. Les richesses sont aussi produites grâce à un capital, en partie matériel, et en partie immatériel, compétences, brevets, connaissances, réseaux relationnels, et il faut espérer que cette part ira croissante, avec la montée du niveau de formation des « actifs », et l’accumulation des savoirs. Grâce à ces capitaux, la productivité du travail, en France où elle est déjà élevée, augmente plus vite que la proportion de retraités.
N’ayons garde d’oublier la nature, comme facteur de production, et les traditions, la culture populaire, qui permettent d’en tirer profit : on peut faire sécher son linge dans une armoire électrique, on peut aussi l’exposer au vent et au soleil. Seule la première manière sera comptabilisée, alors que le même service est rendu dans les deux cas, la même richesse est produite.
La question démographique est à replacer dans ce contexte. Notre population va vieillir, c’est le résultat mécanique de la stabilisation de la population mondiale, qu’il faut espérer, qui est prévue pour le milieu de ce siècle, et dont la France ne peut s’affranchir. La question des retraites est à replacer dans un débat beaucoup plus large, celui du vieillissement, et de l’organisation de la société qui en résulte. Les facettes de ce débat sont multiples. La place des vieux, la composition des familles, les relations entre générations, la répartition des richesses entre toutes les composantes de la société, et bien d’autres encore comme l’immigration et les mouvements de population dans le monde.
Les anciens peuvent apporter beaucoup, ils le font déjà, mais il est permis de penser qu’ils pourraient le faire encore beaucoup plus si leur apport était souhaité et valorisé, financièrement ou autrement. Faut-il que ce soit en prolongement de la vie professionnelle antérieure, ou faut-il lui trouver de nouvelles formes, un nouveau statut ? Comment reconnaître les apports non marchands qui contribuent à notre bien-être ? Peut-on les récompenser d’une manière ou d’une autre ? Une population vieillie risque de perdre son dynamisme, de se replier sur une nostalgie du passé.
Comment éviter cette dérive, comment stimuler un corps social plus âgé ?

Vancouver : vertu écologique ou green washing ?
Bien avant l'ouverture des J.O de Vancouver, l'un de nos contributeurs s'extasiait de voir s'organiser des jeux "verts". Quelques médailles plus tard, Dominique Bidou lui répond, et le met en garde contre cette dose de greenwashing...
Diversion ou green washing, les JO de Vancouver furent une aubaine pour le Canada. Une bonne occasion de se peindre en vert et de faire oublier leur carence en matière de lutte contre le réchauffement climatique. A la veille des JO, le Canada s’était engagé à s’aligner sur les Etats Unis dans leurs objectifs de lutte contre l’effet de serre : -17% d’ici 2020, par rapport à 2005. Le changement de référence n’a pas trompé Greenpeace, qui a observé que les nouveaux objectifs étaient en retrait par rapport aux engagements antérieurs : les émissions ont été en hausse de 2,5% par rapport à la référence de 1990, au lieu d’une baisse de 3% annoncée précédemment.
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 Chronique n°2 : La société 'presse-bouton' C’est fou ce qu’il est facile aujourd’hui de déclencher des mécanismes, grâce à un bouton. La société 'presse-bouton' préfigure-t-elle une société 'hors sol', hors des réalités auxquelles chacun doit rester attentif ? 'Le pilote et l’avion', chronique du développement durable, signée Dominique Bidou.
Pour allumer et éteindre, pour manifester sa présence, pour ouvrir et fermer, pour appeler, pour faire exploser une bombe, il suffit d’appuyer sur un bouton. C’est tellement simple ! La civilisation, les techniques modernes, si on peut les rapprocher, ont une tendance générale à nous faciliter la vie. Rendre les choses plus commodes. Démarrer une voiture en appuyant sur un bouton est plus facile que de tourner une manivelle, appuyer sur un interrupteur électrique, c’est quand même mieux que d’allumer un bec de gaz.
Par extension, au-delà du bouton, on pourrait aussi citer le robinet. Ouvrir un robinet ou aller chercher l’eau au puits, voici une alternative où chacun aura vite fait de choisir. Le 'progrès' simplifie la vie et c’est tant mieux.
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Location contre propriété: un nouvel environnement numérique à bâtir dans nos villes
De plus en plus de formules permettent de jouir d'un bien sans en être propriétaire. Mais cette "économie de fonctionnalité" suppose un nouvel environnement technologique. La société numérique est en train de le produire.
Contre toute attente, les campagnes résistent. Avec leurs villages et leurs petites villes, elles attirent du monde : les recensements montrent la bonne santé démographique des zones rurales, en plein renouveau, et une stagnation des populations des grandes villes. Le modèle urbain piétine, malgré une culture dominante, et un discours officiel à la gloire de la métropolisation.
Il y a certainement des solutions à trouver pour des campagnes écologiques, mais il est important aussi de redonner goût à la ville. On parle aujourd’hui d’éco-quartiers, et il est vrai qu’un nouveau modèle de développement urbain est nécessaire pour que les lumières de la ville fassent à nouveau rêver.
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 Chronique n°1 : La philosophie pour comprendre les recettes
"Les instruments que nous créons sont souvent formidables, à condition d’en rester maîtres. Le syndrome de Frankenstein, ce n’est pas qu’au cinéma". 'Le pilote et l’avion, chronique du développement durable', nouvelle série de chroniques signées Dominique Bidou.
Notre société est en profonde mutation. Confrontée à des crises multiples, alimentaires, financières, humanitaires, pétrolières, etc., elle cherche désespérément des réponses, avec un souci bien compréhensible d’immédiateté. La pression est forte, les contradictions multiples, les intérêts divergents, du moins en apparence et à court terme.
Il faut donc créer un cadre, à la fois rassurant, ancré dans le réel, immédiatement opérationnel et porteur d’innovations, libérant du carcan des solutions traditionnelles, prêt à porter ou prêt à penser. Une contradiction qui peut être fructueuse si on sait en sortir par le haut. Des recettes pour y parvenir sont bien utiles et Cyber Archi a déjà publié, pour amorcer la pompe, onze recettes du développement durable, de janvier 2007 à juin 2008*.
Mais l’expérience nous enseigne qu’il arrive parfois que les recettes, imaginées pour stimuler la créativité en la dégageant de contingences multiples, enferment ou inhibent ceux qu’elles doivent aider. Faute d’en intégrer la signification, d’en comprendre la substance, la recette peut devenir une prison et freiner la découverte de nouveaux horizons. La recette a pris le contrôle des opérations, au lieu de les servir, elle n’est plus pilotée, l’avion est devenu fou.
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Copenhague : il est temps pour les ONG de se remettre en cause
(mardi 29 décembre 2009 08:01)
Les ONG se félicitent de la forte mobilisation pour Copenhague. Certes. Mais, sur sa banquise, l’ours blanc n’a que faire des grands rassemblements. Il veut des résultats
La mobilisation pour Copenhague a été un grand succès pour les ONG. C'est en tout cas ce que disent celles-ci. L’échec de la conférence, c’est la faute des autres. Notamment les Etats, et leur égoïsme, ou les procédures de l’ONU. Il est permis de s’interroger : les ONG n’étaient-elles pas tenues à une obligation de résultats et ne devraient-elles pas analyser leur stratégie, voire se remettre en cause ?
Les ONG demandaient que la conférence de Copenhague accouche d’un accord contraignant. Mais était-ce possible ? Les rencontres de l’après Copenhague nous donnent une réponse claire : non. Et les ONG le savaient depuis plusieurs mois. Beaucoup de pays ne sont pas prêts à accepter des contrôles, à voir leur souveraineté écornée, à admettre que leurs économies doivent changer de cap. L’arrivée de Barack Obama ne suffit pas pour convertir un peuple et ses représentants, qui doivent ratifier tout accord. Le président des Etats Unis ne pouvait faire le choix d’un échec annoncé, surtout qu’il a d’autres réformes sur le feu, comme la santé.
Pourquoi donc les ONG sont-elles restées sur leurs positions, qui les conduisaient tout droit à un échec, car l’échec de la conférence est l’échec de tous, ONG comprises. Et tout d’abord, un accord contraignant est-il la meilleure manière de procéder ? L’application du protocole de Kyoto nous donne une idée de la réponse : les 2/3 des pays qui l’ont ratifié ne le respectent pas. Le champion dans ce domaine est le Canada, qui non seulement dérape sans contrôle par rapport à ses engagements, et qui en plus dévaste une région entière de son territoire, l’Alberta, pour en extraire le pétrole des schistes bitumineux. Va-t-on envoyer la redoutable armée des Nations Unies pour faire entendre raison aux Canadiens, va-t-on les soumettre à un blocus ? Va-t-on boycotter leurs jeux olympiques pour les punir du réchauffement dont ils sont responsables ? La valeur du mot contraignant doit être relativisée. Il y a sans doute d’autres moyens pour faire avancer la cause du climat.
L’illusion semble bien accrochée, qu’il suffise d’une pression sur les chefs d’Etat pour changer le monde. Comme si c’étaient eux qui décidaient de tout. Ils ont évidemment un rôle important à tenir, ils peuvent provoquer des évolutions, ils donnent des signaux, provoquent des prises de conscience, mais ils ne substituent pas aux acteurs. Pour qu’un Etat s’engage, il faut qu’il sache comment maîtriser les modes de production et de consommation de son pays. Même dans un pays totalitaire, ça ne sa fait pas tout seul. Bien sûr, la lutte contre le réchauffement climatique impose des changements dans les modes de vie, et nous savons bien que ça ne se fera pas par décret. C’est l’adhésion des acteurs, citoyens, consommateurs, élus, entreprises, qu’il faut obtenir. Croire que la pression sur les chefs d’Etat est un bon raccourci pour y parvenir est une erreur, et peut même dissuader les esprits libres, qui y voient une forme de néo colonialisme sous couvert de planète.
Il est vrai que le sentiment d’urgence pousse à chercher des accélérateurs de changement, et la mobilisation citoyenne peut en être un. La rencontre d’ONG de types différents, spécialisée dans le climat, la lutte contre la faim et la pauvreté, les altermondialistes, peut être un facteur positif, s’il amène chacun à relativiser sa position. Et à condition de ne pas foncer droit sur l’écueil de la condamnation facile. La recherche d’un coupable, l’indignation, la morale bien pensante ne font pas avancer les choses, même s’il y a des coupables, si l’indignation est légitime et qu’un peu de morale ne ferait pas de mal. Ce n’est pas là qu’il faut chercher les moteurs du changement, mais dans la recherche d’arguments positifs, qui rendent attractifs de nouveaux modèles de développement. Les arguments diffèrent selon les pays, les cultures. Les pays émergents sont tiraillés entre l’attachement à leur croissance, vécue comme une libération, et le besoin de jouer un rôle dans le concert des nations, d’être reconnus comme de grandes puissances. Un siège au conseil de sécurité des Nations Unies, contre un effort sur la forêt.
A trop jouer sur la culpabilité, le message de l’intérêt propre de la lutte contre le réchauffement climatique devient inaudible. Le concept même d’ultimatum, pour reprendre une expression souvent employée, n’est-il pas contre productif quand il s’applique à des décisions dont on sait pertinemment qu’elles ne seront pas prises, et que l’on a en plus aucun moyen de sanctionner l’échec. Ne pouvait-on trouver d’autres objectifs, pour Copenhague, qu’un accord hors de portée ? Des objectifs partiels, limités, mais porteurs d’une dynamique, subversifs par l’enchainement des décisions qu’ils auraient provoqués, démonstrateurs doux «qu’un autre monde est possible».
La stratégie de l’affrontement, de la morale exacerbée par des mots comme honte, coupables, omniprésents sur les pancartes, combinée au choix dominant du passage par les Etats et leurs chefs pour faire avancer la cause du climat était-elle la bonne ? Une autre stratégie est-elle possible ? L’ours blanc n’a que faire des grands rassemblements, il veut conserver sa banquise, il veut des résultats.

Professionnel
Le Grenelle de l’environnement se met en place. Après les grandes réunions pour les orientations et les engagements, les comités opérationnels pour les modalités d’application, voici les lois et les textes de toutes natures, règlements et avancées volontaires proposées par les professions. La machine est en marche. La formule « Grenelle » fonctionne bien, et semble contagieuse. La mer y a eu droit, et de nombreux secteurs y font référence. Grenelle : La gouvernance à plusieurs, des lieux où les parties se parlent et s’écoutent, où un projet collectif peut naître, où des convergences d’intérêt peuvent apparaître au-delà des conflits récurrents dans un domaine, souvent dus à des incompréhensions mutuelles.
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Chronique de l’intensité n°11 : Attaque et défense Le développement durable, c’est comme au football. Pour parvenir à une réelle intensité de la partie, il faut une bonne attaque et une bonne défense. Le développement durable est né à la suite de l’appel du club de Rome et du rapport Halte à la croissance ?*, qui a alerté le monde des dangers qui nous guettaient. Chronique signée Dominique Bidou.
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C'est par touches successives que le tableau du développement durable est composé sur ce site. Des touches construites à partir d'un mot, mot simple inspiré de l'actualité ou de la vie de tous les jours. Ni une encyclopédie ni un traité de morale, ce blog est une invitation à donner un sens au développement durable, au jour le jour, dans les actes, et avec une conviction bien accrochée : que nous avons tous à y gagner ! Chaque lundi.
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